Le storytelling fait partie intégrante des crises, on ne le dira jamais assez : il en est un enjeu, il les alimente, il les amplifie, il peut aussi les modérer, les dégonfler, et sinon les résoudre du moins les dissoudre… Or la mise en récit de la crise appelle la mise en crise des acteurs du récit. Les protagonistes de la crise vont sortir de leur rôle ordinaire et acquérir des traits et comportements de circonstance.
Le problème, comme toujours avec le storytelling, ce n’est pas la vérité : c’est l’authenticité du message et du messager et sa capacité à susciter de l’émotion qui a son tour aura un effet de sens, deviendra logique de « sensemaking ».
Comment cela éclaire-t-il ce nouvel ingrédient d’une crise dont le support immédiat ou le déclencheur est la loi sur les retraites – et notamment la manière dont cette « réforme » est conduite – mais dont le substrat est beaucoup plus profond ?
Constatons tout d’abord qu’il s’agit bien avec les « policiers casseurs » de l’apparition d’un personnage inédit, d’un contre-emploi des forces de l’ordre, d’un paradoxe simplement apparent puisque le personnage est créé non pour lui-même, mais pour le sens et les représentations mentales que sa présence va permettre d’induire. En l’occurrence, a minima : le pouvoir s’emploie à faire dégénérer les manifestations. Et cette représentation induit de nombreuses conséquences, au moins dans le système de représentation actif dans le contexte: le positionnement des uns et des autres se construit sur des valeurs, sur des actes, sur des émotions, sur des influences, qui vont agir sur un point capital de cette crise : la mobilisation des protestataires.
Nous analysons cela par ailleurs.
Nous suivrons ici comment ce système d’acteurs, de représentations et de valeurs se crée et monte en puissance.
Internet est un élément essentiel du dispositif, qui change tout : sans lui et les RS (réseaux sociaux) la presse classique n’aurait jamais soulevé un problème lié à l’implication des policiers au sein des manifestations. Ce 27/10/2010, à la veille d’une nouvelle « journée de mobilisation », et une semaine et plus après les manifestations concernées, Google renvoie 106.000 résultats si l’on tape « policiers casseurs » ! YouTube ne donne pas de résultats très nombreux, mais les vidéos agissent comme des témoignages révélateurs, même lorsque les images restent difficile à interpréter. Par exemple, pour ce qui est de la CGT, l’histoire que nous raconte sont leader quand il dit « la présence de policiers en exercice camouflés sous des badges syndicaux, à Lyon, à Paris ne fait aucun doute » fournit une interprétation qui donne du sens à des images assez confuses.
Libération présente 2 vidéos YouTube avec des réserves. L’une a été vue, ce jour, 120.000 fois.
Parmi les médias d’information sur Internet, Arrêt sur image, par vocation sans doute, se porte à l’avant : dès le 21/10 il titre Policiers casseurs ? Une vidéo fait débat sur le net
Sur twitter voici des « tweets » sur le sujet… Jugez en vous-même !
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Qui se met en avant sur cette question ?
Du côté de ceux qui dénoncent la présence de policiers, Jean-Luc Mélanchon avait dénoncé dimanche la «présence dans les cortèges de personnes infiltrées qui jettent des pierres, brisent des vitrines et ensuite sortent des brassards de police». Ces propos avaient suscité la colère des syndicats policiers.
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Du côté du pouvoir le ministre de l’Intérieur Brice Hortefeux a qualifié aujourd’hui de « vieilles ficelles d’extrême gauche » les accusations portées contre la police.
L’idée, c’est que cette histoire d’infiltrations et de provocation existe depuis belle lurette… Mais s’agit-il de la même histoire ? Le contexte et le vocabulaire ne sont pas ceux de l’extrême gauche historique… L’idée, c’est aussi que toute accusation devient réversible. Mais c’est là que la mise en récit touche des limites qui sont moins les siennes que celles de la crise, qui met en crise : la perte de repères est telle que le récit lui-même est en crise, ses personnages n’ont plus de limites ni d’identité, tout et n’importe quoi peut arriver et se dire. Il s’agit, alors, d’une perte de valeurs doublée de la mise en crise de toute valeur. Nous n’en sommes pas encore là dans le cas des « policiers casseurs », et nous verrons dans les jours qui viennent, dès la « journée de mobilisation » de demain, peut-être, ce qu’il advient de l’attention portée à cet aspect de la crise et des récits qui sont générés.
Le 28/10
« Comment cela se passe en réalité »
Témoignage d’un ancien commissaire de police
qui explique en détail l’organisation des forces de l’ordre pour les manifestations
« Je connais pratiquement tous les directeurs départementaux de la sécurité publique et de nombreux commissaires de police notamment ceux qui travaillent dans les banlieues difficiles, aucun n’accepterait de participer à de telles manipulations. »
Autre article, même commissaire
Maintien de l’ordre en manif, le décryptage d’un commissaire












