Tunisie storytelling 15/01/2011
Personnages principaux et facteurs clés
Le peuple
C’est lui l’acteur essentiel, le moteur de tout le processus, celui qui incarne dans la presse internationale des valeurs reconnues :
Courage, maturité, détermination pour ce qui est de la conduite de ce qu’on appelle, à partir du départ de Ben Ali, la révolution
Capacité, compétence, potentiel, pour ce qui est de la perspective démocratique et économique
Posture protestataire au départ, du fait de la crise économique, son aspect alimentaire particulièrement, le chômage, celui des jeunes diplômés notamment. C’est un des facteurs clés concernant les pays voisins et un scénario de dominos
Mohamed Bouaziz, 26 ans, mort immolé par le feu, tué par le désespoir
C’est une terrible histoire, dans l’histoire. Une personne représentative de la jeunesse tunisienne : diplômé sans travail correspondant à ses qualifications, il commerçant ambulant pour faire vivre sa famille, persécuté par la police, désespéré par la confiscation de sa marchandise… son geste avait donné le départ d’importants troubles sociaux dans la région de Sidi Bouzid.
Ben Ali
Maintenant qu’il a perdu, la presse ne raconte plus la même histoire.
Pendant le mois d’émeutes, c’était l’histoire d’un pouvoir qui faisait face à une crise. Jugements sur la manière de faire… Maintenant, c’est l’histoire d’un régime dictatorial qui s’effondre à la suite d’une révolution réprimée dans le sang.
« Zine El Abidine Ben Ali, au pouvoir depuis 23 ans, a quitté vendredi la Tunisie après des manifestations populaires sans précédent contre son régime qui ont été réprimées dans le sang. » écrit Libé ce samedi matin, pour commenter la nouvelle : « Le président tunisien en fuite Zine El Abidine Ben Ali est en Arabie Saoudite avec sa famille »
Mohammed Ghannouchi président par intérim ?
« Conformément à l’article 56 de la Constitution, j’assume à partir de cet instant la charge de président par intérim », a annoncé vendredi soir M. Ghannouchi (69 ans), dans une déclaration à la télévision, expliquant ses nouvelles fonctions par l’incapacité temporaire du président Ben Ali à assumer ses fonctions ».
Le personnage sera-t-il celui qui mène le peuple tunisien à des élections dans un climat pacifié ? Certains politiques français le présentent comme capable et honnête, avec à l’esprit cette suite du récit. Mais il est aussi un « homme du sérail », autrement dit un personnage de la même « clique » au pouvoir…
Fin Janvier : le scénario n’est pas celui d’un homme
Mais celui d’un peuple tout entier qui ne veut plus des hommes du parti du président en fuite, et dont la préoccupation N° 1 est de ne pas se faire confisquer SA révolution
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Toute crise crée des « personnages » et se développe en storytelling au travers de la manière de composer et qualifier ces personnages. La question est de savoir qui parle et quelle parole l’emporte dans ce combat stratégique. La manière dont le peuple et les résorteurs tunisiens (réseaux sociaux) dans les prochains jours, vont « inventer » le personnage est capitale. A suivre aussi la composition d’une classe politique libérée, d’une presse libérée, d’une presse (dont Internet) française et étrangère qui peut être influente en Tunisie : comment vont-ils composer les personnages pour un nouveau scénario ?
Insistons sur le caractère inédit de cet événement historique : il n’y a pas, ici, de cadre storytelling connu !
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Une interview qui montre bien la question des personnages en cours de constitution dans cette période incertaine où le récit peut prendre des directions incertaines
Aida Doggui, du mouvement citoyen d’opposition Byrsa (le 14/01)
Que va-t-il se passer maintenant selon vous ?
« Nous sommes très heureux que le peuple continue à manifester. Ce que nous regrettons, c’est l’absence de projet. Les gens sortent dans la rue, mais ils sont perdus, il ne savent pas à qui se référer. Il n’y a personne pour les guider.
Si Ben Ali part, qui serait en mesure de prendre le pouvoir aujourd’hui ?
Je ne pense pas que ce ne sera pas les partis d’opposition, parce qu’ils n’ont pas de projet politique novateur et constructif. De plus, il y a ce risque : les partis d’opposition, s’ils traitent avec le président, vont se discréditer car le peuple ne veut plus de Ben Ali.
Bien sur, nous craignons aussi que l’armée prenne le pouvoir. Jusque là, elle a défendu les Tunisiens dans les manifestations, mais nous avons peur de ce qu’elle peut imposer.
Nous ne voulons pas d’une poignée d’opportunistes au pouvoir. En tant que mouvement citoyen à visée politique, nous souhaitons que le peuple prenne le pouvoir. Nous allons jouer notre rôle, nous allons essayer d’unir ceux qui pensent comme nous, qui nourrissent la même crainte et le même espoir. »
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Les « autorités françaises »
« La « chute de Ben Ali », la fuite du président tunisien à l’étranger « la queue basse » et la « revolution des jasmins » en Tunisie passionnent les éditorialistes samedi 15 janvier qui stigmatisent le silence des autorités françaises et s’inquiètent de l’avenir du pays. »
Nouvel Obs dans son spécial Temps Réel http://tempsreel.nouvelobs.com/
Jean-Michel Helvig dans La République des Pyrénées : la révolution tunisienne se sera faite « sans la France, la France de l’Elysée, du Quai d’Orsay où la ministre des Affaires étrangères en exercice voulait apporter au régime Ben Ali le soutien de son savoir-faire « sécuritaire »
Internet et les réseaux sociaux
On avait les élections gagnées par Internet et les réseaux sociaux. Voici la première révolution ! C’est un facteur clé, le centre de tous les contre-pouvoirs, et l’un des scénarios du futur est son rôle dans une chute en dominos d’autres régimes : l’Algérie, l’Égypte ?
Fin Janvier : c’est l’Égypte !
Mais le contexte n’est pas le même : présence forte de l’islamisme, importance stratégique mondiale et non pas locale, moindre niveau d’éducation…
La police vs l’armée
Le régime était policier.
L’armée, mise sur la touche toutes ces années, est considérée positivement,
notamment du fait de son attitude pendant les événements.
Morale et valeurs soutenant l’histoire (l’Histoire ?)
« Ce régime était en toc » : Laurent Joffrin, dans Libération, se gausse du « grotesque successeur du grand Bourguiba, flic en chef de l’un des régimes les plus féroces de la région, (qui) n’était qu’un pleutre, et quand le peuple insurgé lui a signifié son congé, il est parti la queue basse (…) Il y a un parfum de 1830 dans cette chute d’un fantoche renversé par des gavroches, dans cette révolution à la française au cœur du Maghreb (…)on voit que le monde arabe n’est pas forcément condamné au sinistre face-à-face entre fanatisme islamiste et dictature corrompue ; que le supposé réalisme de ceux qui soutiennent les tyrans n’est souvent qu’un aveuglement intéressé, que les valeurs de liberté peuvent pénétrer en terre d’islam, que cette démocratie qu’on dit en crise, qu’on juge factice ou faisandée, qu’on déclare réservée aux Occidentaux, suscite encore le sacrifice et qu’il y a toujours, à Tunis comme naguère à Pékin ou à Varsovie, des hommes prêts à mourir pour la liberté. ».
Jacques Camus, dans La République du centre : « le regard incroyablement ‘neutre’ de la France ». « Cela a tout de même duré 23 longues années, marquées par un silence dont nous devrions avoir honte »
Un poème, aujourd’hui
Le cri du coeur صرخة حرية
Avenue Habib Bourguiba. Hier, sous le couvre-feu, un homme sort dans la rue. Il lance un de ces cris intraduisibles qu’on n’oublie jamais. J’essaie de le traduire tel quel pour lui dire mon amitié.
Vidéo visible sur le lien ci-dessous : صرخة حرية
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Personne ne nous l’a donnée
Nous l’avons arrachée notre liberté
Le peuple tunisien a arraché sa liberté
Le peuple tunisien s’est payé sa liberté
Vive le grand peuple tunisien
Vive la grande Tunisie
Vive la Tunisie libre
Vive la grande Tunisie
Hommes libres de Tunisie
Vous voilà affranchis
Il n’y a plus de criminel du nom de Ben Ali
Ce criminel de Ben Ali a pris la fuite
Ce chien de Ben Ali
N’ayez plus peur de personne
Redressez la tête
Nous nous sommes libérés
Le peuple tunisien est libre
Le peuple tunisien est éternel
Ce grand peuple tunisien
Vous Tunisiens exilés
Vous Tunisiens détenus en prison
Vous Tunisiens torturés
Vous Tunisiens opprimés
Vous Tunisiens persécutés
Vous Tunisiens spoliés
Respirez la liberté
Le peuple Tunisien nous a offert la Liberté
Vive le peuple tunisien
Vive la grande Tunisie
Ben Ali a fui le peuple tunisien
Ce meurtrier de Ben Ali a sévi et il est parti
(Inaudible)
Oh mon bon peuple
Oh mon doux peuple
Nous voilà affranchis
Grâce aux martyrs tunisiens
Grâce à chaque goutte de sang versée hier et aujourd’hui
La Tunisie est libre
Où sont donc les voitures et les youyous que Ben Ali a achetés
Où sont les voitures
Où sont leurs voitures
Vive le peuple Tunisien
Vive la liberté
Abdelhamid, je suis à l’avenue
Je fête la liberté
(Youyous) Publié par Jalel El Gharbi
Aujourd’hui et toujours
LE GLOBE de Nazin Hikmet
Offrons le globe aux enfants, au moins pour un journée,
Donnons-leur afin qu’ils en jouent comme d’un ballon multicolore
Pour qu’ils jouent en chantant parmi les étoiles .
Offrons le globe aux enfants,
Donnons-leur comme une pomme énorme
Comme une boule de pain toute chaude,
Qu’une journée au moins, ils puissent manger à leur faim.
Offrons le globe aux enfants,
Qu’une journée au moins le globe apprenne la camaraderie.
Les enfants prendront de nos mains le globe
Ils y planteront des arbres immortels.
Tags: révolution tunisienne












