L’histoire que nous raconte EDF
…à la suite de la catastrophe nucléaire de Fukushima, qui est loin d’être terminée, est simple.
1/ Il n’y a pas de doute quant à la sureté du parc nucléaire français. Pour Henri Proglio, le patron d’EDF, «la culture, l’obsession de la sûreté» sont «dans les gènes de notre industrie».
2/ S’il y a quelque chose à changer, c’est du côté de la gestion de crise. «Nous voulons renforcer notre organisation de crise à la lumière de ce qui s’est passé à Fukushima» , a expliqué Dominique Minière, directeur de la production nucléaire en France chez EDF.
Analyse storytelling
EDF se pose en acteur « humble et pragmatique » face à la catastrophe. L’important dans cette histoire, c’est de rester l’acteur référant, et de montrer toute l’attention et la responsabilité dont on fait preuve face à une crise majeure, qui déclenche une émotion profonde de l’opinion, dans le village mondial, et engage le pronostic vital de ce domaine d’activité.
On ne nie pas l’émotion, ni la nécessité d’analyser et de déclencher du changement… On se l’approprie, on l’inclue dans sa propre action : d’ailleurs, « Nous n’avons pas attendu qu’on nous demande de tirer les enseignements de l’accident de Fukushima. Nous sommes dans un processus permanent d’amélioration et l’ensemble de nos installations nucléaires est passé en revue à la lumière des événements récents » (Interview de Henri Proglioau Figaro, qui inspire toute la suite de cette analyse).
L’acteur agissant et sûr de lui – un minimum pour générer de la sécurité dans les esprits – va plus loin encore : il va traiter l’improbable ! « …travailler sur des scénarios de plus en plus extrêmes. Après Fukushima, EDF va passer au crible les hypothèses de catastrophes les plus improbables. Des moyens supplémentaires, en hommes et en matériel, pourront être déployés si nécessaire. » Il va traiter concrètement l’improbable !
Il reste donc l’acteur majeur de cette histoire. Mieux, le seul acteur auquel on puisse penser ! Ah, si ! Il y a aussi l’État, l’Autorité de Sureté Nucléaire (ASN), « les moyens complémentaires mobilisables dans l’urgence sur lesquels EDF pourrait s’appuyer ». Ils viennent renforcer notre acteur agissant et son action responsable, tout en donnant une idée de sa dimension. Dimension qui permet d’enchainer le récit sur le rôle international de l’acteur et son engagement dans le futur de la planète : « si on prend en compte l’exigence planétaire de réduire le CO2, n’est-ce pas aux pays qui ont la maîtrise scientifique et industrielle de prendre la part la plus importante de l’effort commun? ».
Et voilà : une vague incidente AREVA, balayée d’un revers de main, et pas d’autres acteurs dans l’histoire. Le contexte de l’histoire se transforme au cours de l’interview : ce n’est plus un contexte de crise majeure et d’inquiétude, c’est un contexte de conquête industrielle mondiale. EDF est le premier électricien mondial et doit le rester. D’ailleurs, dans quelques semaines, nous présenterons notre stratégie, notamment à l’international.
Storytelling réussi ?
Pas de place pour l’imagination des interlocuteurs, pour l’émotion, pour un ensemble vivant d’acteurs, d’hypothèses autres que celles de l’acteur-locuteur qui occupe tout l’espace du discours. Discours convenu, qui rassure ceux qui sont déjà en position d’êtres rassurés, et qui peut avoir un effet d’entrainement sur ceux qui représentent un enjeu pour l’acteur : les actionnaires, les partenaires…
Articles
Le portail d’information des ingénieurs – réseau scientifique et technique : La France n’est pas préparée au « cumul » de catastrophes naturelles
Tags: acteurs, catastrophes, discours officiel, paradigmes narratifs, storytelling politique, stratégie













D’après ce que je ressens du ton de ce billet, la gestion de crise d’EdF manquerait cruellement d’humilité… et relèverait d’une approche pas assez participative pour les parties prenantes; ce qui pourrait générer de la frustration qui, si elle s’accumule ou est canalisée (éventuellement par une ONG), pourrait se déverser via un canal type Facebook…